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[Débat] Le musée national de Chine détourne l'Histoire

[Débat] Le musée national de Chine détourne l'Histoire

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Avec 192 000 m2 d'espaces d'exposition, le nouveau Musée national de Chine, fort d'une rénovation et d'une extension d'un chantier de trois ans et de 250 millions d'euros, a pour finalité  de doter la Chine d''une institution muséale digne de son rang mondial. Dans le monde, seul le Louvre le dépasse en surface, avec ses 210 000 m2.

Si le gigantisme du projet et la superficie du nouvel établissement ouvert début mars ont déjà fait couler beaucoup d'encre, c'est son programme muséographique qui alimente aujourd'hui le débat.

A l'heure d'un futur projet de musée national, les propos de Yang Jisheng rapportés dans Le Monde ont de quoi relancer la controverse sur l'importance des messages véhiculés par les musées politiques.

C'est un véritable pamphlet que Yang Jisheng propose en décrivant l'exposition permanente du musée national de Chine, intitulée "La voie de la renaissance" ou faudrait-il dire "la VOIX de la renaissance". Il dénonce sans appel les antorses inacceptables faites à l'Histoire de son pays. La présentation que fait de l'histoire de la Chine, depuis 1949, le nouveau Musée national de Chine occulte presque complètement les évènements tragiques que furent la grande famine de 1958 à 1961, la révolution culturelle, ou encore le massacre de Tiananmen.

N'était-ce pas inévitable que cet établissement soit investi d'une mission "d'éducation patriotique" ? Le Monde du 11 avril explique : "Les sections consacrées à la Chine populaire, née de la prise du pouvoir par Mao, en 1949, font se succéder les uns après les autres les jalons de l'histoire du parti, jusqu'aux succès économiques de ces dernières années : la conquête de l'espace, le train vers le Tibet ou encore les Jeux olympiques. Une seule photo montre Mao tout sourire, en conciliabule avec les membres du parti en 1961, après l'expérience désastreuse du Grand Bond en avant, qui provoqua la mort de millions de Chinois. Deux photos mentionnent la révolution culturelle, sans même faire allusion à ses atrocités, et la seule image relative aux événements de 1989, sur cette même place Tiananmen où se trouve le musée, est datée du 9 juin : on voit Deng Xiaoping félicitant les troupes de la loi martiale, et serrant la main d'un officier radieux."

Pourtant aux côtés de ces espaces permanents, la politique d'exposition temporaire a de quoi nous étonner au regard du paradoxe qu'elle sous-tend. La première exposition étrangère invitée est proposée par les musées de Berlin, Munich et Dresde, et met en exergue "l'art des Lumières" : un buste de Kant, où est gravée la devise " Aie le courage de te servir de ton propre entendement" ; ou encore le portrait, attribué à Johann Heinrich Lips, de Voltaire en ombres chinoises, muni d'une lanterne qui éclaire son chemin, détonnent avec les récents événements. Curieux choix des autorités chinoises ! L'artiste Aie Weiwei n'a-t-il pas été récemment arrêté à cause de son "libre penser" ?

Nous sommes en tous les cas impatients de connaître les thèmes proposés par les grands musées mondiaux partenaires pour les futures expositions au coeur de la Cité interdite...

Pour aller plus loin :

Les articles du Monde : http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/04/11/les-expositions-du-musee-national-de-chine-detournent-l-histoire_1506084_3246.html puis http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/04/11/le-musee-national-vante-la-chine-patriotique_1505886_3216.html

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