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"Le Musée de l'innocence" de Orhan Pamuk aux éditions Gallimard

"Le Musée de l'innocence" de Orhan Pamuk aux éditions Gallimard

http://www.letemps.ch/rw/Le_Temps/Quotidien/2012/05/05/Culture%20&%20Societe/ImagesWeb/web_pamuk%20au%20mus%C3%A9e--469x239.jpgSi "Expoland, ce que le parc fait au musée" aux éditions Complicités vous paraît trop théorique pour incarner votre livre de plage cet été, l'ouvrage de l'écrivain turc Orhan Pamuk vous intéressera : Le musée de l'innocence publié aux éditions Gallimard.

 

Au fil des quelques 700 pages, le lecteur s'immerge au coeur d'une histoire d'amour entre le très riche Stambouliote Kemal et Füsun, sa jeune cousine pauvre. L'anti-héros doit se soumettre à un mariage de raison : il doit bien-sûr épouser une femme de sa condition. Mais quelle originalité me direz-vous du thème de ce roman ? Quel lien avec la muséologie ?

 

Kemal et Füsun passeront leur vie à se frôler, à s'attendre. L'homme malheureux déplacera son désir sur tous les objets que touche ou porte celle qu'il aime, au point de les dérober, de les collectionner en fétichiste puis, à la fin de sa vie, d'en faire un musée dédié à leur amour, un "musée de l'Innocence". Eva, lectrice de Musée-Oh! explique avec admiration : "Le narrateur collectionne tout objet lui rappellant la femme qu'il aime patiamment pendant des années avant qu'il la perd définitivement. Il construit alors un musée à sa mémoire où il expose toute sa collection: vêtements et bijoux, 4.213 mégots, affiches de cinéma de flms vus ensemble, bibelots subtilisés chez ses parents (remplacés pour ne pas eveiller des soupços et re-volés de nouveau), poignées de portes d'Istanboul qu'elle a peut-être touchées, épingles de cheveux et mouchoirs, ustensils de cuisine et crayons...."

 

Orhan Pamuk lui-même s'apprête à ouvrir son propre musée de l'innocence à Istanbul. Lors d'un interview passionnant les Inrocks interroge avec curiosité l'auteur et recueille ses paroles : "Il y a douze ans, j'ai acheté une maison là-bas dans l'idée d'en faire un jour un musée, celui d'une histoire imaginaire. La maison est petite mais possède quatre étages : je vais y exposer tous les objets qui figurent dans mon roman. Mon fantasme était d'ouvrir le musée le jour de la publication du roman, le livre représentant une sorte de catalogue du musée. Si vous vivez loin d'Istanbul, vous pouvez lire le livre sans vous préoccuper du musée, car la littérature passe avant tout. C'est pourquoi j'évite en général de parler du musée en premier. Le roman se suffit à lui-même. Le musée se calque sur les quatre-vingt-trois chapitres du livre : il possède quatre-vingt-trois unités, boîtes ou vitrines, chacune portant le titre d'un chapitre. Installation, art contemporain : appelez ça comme vous voudrez, mais ce musée me prend de plus en plus de temps et commence à détruire l'écrivain que je suis ! J'ai acheté et collectionné les objets exposés au fur et à mesure que j'écrivais le roman. J'ai acheté les vêtements que porte Füsun dans le livre avant de commencer le texte. Je vais les exposer, comme les objets qu'elle utilise ou les tickets de la tombola à laquelle ils jouent ensemble dans les années 70. Nous avons aussi des objets imaginaires, par exemple une marque de soda fictive : pour cela, j'ai travaillé avec des publicitaires qui, généreusement, ont recréé des films. En revanche, il n'y aura pas de photos des protagonistes, de la même façon que je n'ai jamais permis qu'on imprime un portrait en couverture de mes livres. Au lecteur d'imaginer les personnages. Dans le livre, on trouve un ticket gratuit pour le musée que j'ouvrirai dans quelques mois. En plus d'être écrivain, je suis donc à présent propriétaire d'un musée, commissaire d'exposition et même artiste !"


Ainsi naît l'extension muséale du roman alors que le Nobel de litterature avoue son goût pour les musées étranges un peu abandonnés, comme dixit "le musée Gustave-Moreau à Paris, ou le Sir John Soane à Londres, ou le Mario-Praz à Rome".

Ce roman n'est pas sans rappeler certaines pratiques muséales ou de collectionnisme décrites au sein du blog. N'est-ce pas le cas dans  Le musée insolite de la semaine : le musée des cheveux à Avanos (Turquie) et Le musée insolite de la semaine : le musée des amours brisés de Zagreb ? La possibilité même de créer un Museum of me retraçant sa vie sur Facebook n'est pas non plus si éloigné :  « The Museum of me » : créez une exposition 3D de votre compte FACEBOOK ...

 

Pour aller plus loin :

Les articles des Inrocks : http://www.lesinrocks.com/livres-arts-scenes/livres-arts-scenes-article/t/63065/date/2011-04-19/article/aux-innocents-les-coeurs-pleins/ et http://www.lesinrocks.com/livres-arts-scenes/livres-arts-scenes-article/t/62036/date/2011-03-26/article/pour-toujours/

 

Merci à Eva pour cette idée d'article et cette formidable découverte !

 

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