Musée-Oh !

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[Débat] Des « expos posters » : dérive ou alternative ?

[Débat] Des « expos posters » : dérive ou alternative ?

La guerre du faux aura bien lieu

Peut-être l’avez-vous remarqué… De plus en plus dans les expositions, l’original fait place à la copie au plus grand désespoir de certains visiteurs. Parfois même, de vulgaires posters accrochés, remplacent les tableaux des grands maîtres impossibles à emprunter… S’agit-il d’une dérive marketing pour appâter le public avec la promesse de faire découvrir des œuvres célèbres ? A contrario n’est-ce pas plutôt une alternative des petits musées pour continuer à « faire de l’expo » alors que l’écart avec les mastodontes (Louvre et cie) se creusent de plus en plus ? Solution de survie ou arnaque, les avis sont partagés.

A l’heure de l’impression HD et 3D, des hologrammes et des effets spéciaux, troquer le réel pour le fictif, faire illusion pour mieux émerveiller le public, est alléchant. Les mots d’Umberto Ecco dans La guerre du faux ne sauraient être plus d’actualité !

Umberto Eco en 2013, auteur de "La guerre du faux"

Umberto Eco en 2013, auteur de "La guerre du faux"

Fake ! Cherchez l'intrus

Certains musées s’en amusent même, en mêlant de faux chefs-d’œuvre aux vrais. Cet été, 6 musées britanniques ont joué le jeu d’un « Cherchez l’intrus » grandeur nature en partenariat avec la chaîne culturelle Sky Art. L’objectif : permettre au visiteur une contemplation active et surtout plus longue des collections, car en moyenne il n’observe que 30 secondes un artefact… l’équivalent d’un lèche-vitrine lors d’une séance shopping en somme ! Patience, le résultat de ce canular artistique sera dévoilé début 2017 dans une émission spéciale Fake! The Great Masterpiece Challenge. En attendant les paris sont ouverts…

En flagrant délit de poster...

Si l’initiative est ici pédagogique, elle est plus critiquable en France comme s’en indigne Aude Lorriaux il y a quelques jours sur Slate dans son article « Bientôt on fera une exposition Delacroix avec des posters… C’est hallucinant ! ». Au banc des accusés, deux expositions récentes achevées en septembre 2016 : « Caillebotte » au Musée d’Art et d’Histoire Baron-Gérard à Bayeux et « Why not Judy Chicago » au CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux. Leur crime : 10 posters accrochés pour la première, des reproductions pour moitié dans la seconde.

Ces « photocopies » ont suscité des réactions violentes entre déception, déconvenue et indignation. Mais comment faire lorsque le prêt d’œuvre est impossible ? Avec des valeurs d’assurance en augmentation fulgurante ces temps-ci (50% de plus parfois), les expos temporaires avec de « vraies choses » sont devenues hors d’atteinte pour de nombreux petits musées. Est-ce alors un problème si les « œuvres » sont présentées clairement comme des reproductions ?

Pour l’expo Judy Chicago, l’utilisation des posters est pleinement assumée. Pour Xabier Arakistain, qui a réalisé l’exposition avec la coopération et le soutien de l’artiste, le plus important est l’idée et non les œuvres en elles-mêmes. Elles ne sont donc pas indispensables…

Finalement, est-ce qu’exposer « du vrai » est bien indispensable ? L’avenir est-il fait d’expos posters et « facsimilés », d’expos « fiction » et « illusion » ? Reproductions, « pièges » immersifs et « carton-pâte », Umberto, ta guerre du faux est toujours là.